Les Gnaouas d’Essaouira

Un patrimoine vivant à (re)découvrir

Comment parler d’Essaouira sans parler des Gnaouas ? Leurs chants mystiques, leurs percussions métalliques et leurs danses acrobatiques donnent à la ville une vibration unique. Entre traditions ancestrales et spectacles modernes, les Gnaouas nous invitent à explorer un patrimoine vivant, qui continue de rythmer le quotidien des habitants et de fasciner les visiteurs.

Origine et héritage des Gnaouas du Maroc

Originaire d’Afrique sub-saharienne, le mot « Gnaoua » trouve son origine en Guinée, même si tous les Gnaouas ne viennent pas de cette région, ancien empire du Soudan occidental. Au Maghreb, le mot « Soudani » désignait jadis toute personne d’origine subsaharienne. Il était souvent associé aux termes « Abid » ou « Abd » – littéralement « esclave » ou « descendant d’esclave ». Il reflète ainsi le parcours des populations arrivées via les anciennes routes de la servitude.

Au fil du temps, ces populations se sont intégrées aux communautés locales. Elles ont fondé des confréries musicales et spirituelles, mélangeant influences africaines et traditions arabo-berbères. Elles ont ainsi donné naissance à un style unique où chants, percussions et rituels mystiques se mêlent. Plus qu’une musique, ces traditions racontent une histoire de résilience et de transmission, qui façonne encore l’identité culturelle d’Essaouira.

Transes et performances : le folklore en mouvement

Le chant, la musique et les danses des Maalems Gnaouas plongent le spectateur dans une dimension mystique et envoûtante. Le son est au cœur de l’expérience. Le guembri – basse à trois cordes – soutient la mélodie et imprime un rythme profond. Les krakeb – cymbales métalliques – et le tbel – tambour – orchestrent un rythme hypnotique, capable de plonger les adeptes en transe.

À la Zaouïa Gnaoua d’Essaouira, les rituels nocturnes, appelés lila, mêlent la fête (koyyou) à une dimension thérapeutique (mlouk) pour libérer maux et tensions. Chaque lila est un équilibre subtil entre rituel ancestral et énergie musicale, un moment où tradition et émotion se répondent.

Au Maroc, Essaouira est le berceau des Gnaouas. Les traditions y vivent au quotidien, sur les places, dans les cafés ou les restaurants. Propulsant cette musique traditionnelle sur la scène internationale, le Festival Gnaoua célèbre chaque année cette énergie. Mais la musique est partout : entre transe et performance, rituel et fête, les Gnaouas continuent de façonner l’âme culturelle et le rythme de la cité.

Mqadamate et Gnaouas : quand tradition rime avec modernité

Aujourd’hui, les Gnaouas ne se limitent plus aux rituels traditionnels. Certains musiciens adaptent leur art pour séduire un public plus large, mariant spectacle, acrobaties et costumes colorés. Ainsi, les rituels deviennent des performances et la musique traditionnelle s’ouvre à de nouvelles scènes. Preuve de son rayonnement, la musique Gnaoua a été inscrite en 2019 au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO, consacrant la profondeur et la longévité de cet héritage.

La scène féminine des Gnaouas, incarnée par les Mqadamate, apporte aussi son énergie singulière. Sur scène, notamment à Essaouira, elles reprennent les danses et instruments des hommes, du guembri aux krakeb et darboukas, mêlant tradition et modernité. Elles portent la musique Gnaoua au féminin avec style et puissance, affirmant leur rôle central dans la vitalité culturelle de la ville et du pays.

Enfin, le patrimoine Gnaoua continue d’inspirer de nombreux courants musicaux : jazz, blues, reggae, rap, chaâbi et même RAI. De grands classiques marocains, comme « Allah, Allah Moulana », résonnent encore dans de nombreuses compositions. Aujourd’hui, la musique Gnaoua ne se contente plus de ses racines : elle pulse, vibre et fait danser le Maroc et le monde.

Article mis en ligne par Najma, le 27 novembre 2025

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