Le fer forgé à Essaouira

À la rencontre des Hadada, les maîtres du fer forgé à Essaouira

Le fer forgé à Essaouira raconte une histoire locale bien vivante. Des grilles aux portes ouvragées, il accompagne depuis longtemps l’architecture de la ville et participe à son identité. Dans les ruelles historiques, quelques ateliers permettent encore d’observer ce savoir-faire artisanal ancestral, entre gestes séculaires et créations contemporaines.

Qui sont les Hadada, les maîtres du feu et du métal ?

À Essaouira, les ferronniers et les forgerons, Hadada en darija, façonnent le métal avec un savoir-faire transmis depuis plusieurs générations. Ici, le travail commence toujours par la forge et par une matière qu’il faut d’abord apprivoiser.

Chauffé à haute température, le fer devient suffisamment malléable pour être façonné. Le marteau entre alors en scène. Sur l’enclume, chaque coup modifie progressivement la matière jusqu’à lui donner la forme recherchée.

Le geste demande de la précision, mais aussi une bonne lecture du métal. La chaleur, le poids du marteau et la force du coup doivent s’accorder. Le savoir-faire se transmet ainsi dans les ateliers depuis plusieurs générations, au fil de gestes répétés et maîtrisés.

À Essaouira, cet art accompagne aussi l’identité architecturale de la ville. Les grilles de fenêtres, portes et éléments décoratifs participent ainsi au caractère de la médina. Le nom de l’avenue de l’Istiqlal, souvent appelée Hadada, nous rappelle aussi l’Histoire. Elle abritait autrefois le Souk El Haddadin, le marché des forgerons, avant d’être rebaptisée administrativement.

Où voir les ferronniers travailler en médina d’Essaouira ?

Les ateliers sont aujourd’hui moins nombreux dans la médina. Pourtant, la rue Mohamed El Qory, juste après Bab Marrakech, permet encore d’observer les ferronniers au travail. Les petites échoppes exposent leurs créations devant la porte, entre sculptures, objets décoratifs et pièces plus imposantes.

Le regard s’arrête parfois sur des créations inattendues. Une chaîne de vélo devient une tortue. Une vieille théière prend les airs d’une cigogne. Ici, le fer forgé ne se limite donc pas aux motifs traditionnels. Les artisans assemblent, détournent et transforment aussi des objets anciens pour leur donner une nouvelle vie.

Pour travailler des pièces plus volumineuses, les forges de gros œuvre ont été déplacées hors des remparts de la médina, notamment dans le quartier industriel et le long de la ceinture verte. Les forges ont changé de décor, mais le geste reste le même.

Le renouveau du fer forgé marocain à Essaouira

Le fer a longtemps accompagné les besoins de la vie quotidienne, de l’architecture aux objets utilitaires. Verrous, ferrures, outils et éléments liés aux métiers et aux équipements de la ville ont ainsi laissé place, au fil du temps, à une ferronnerie plus décorative. À Essaouira, ce savoir-faire continue aujourd’hui d’évoluer.

Les Hadada travaillent désormais des pièces aux usages multiples : mobilier de jardin et de terrasse, luminaires, sculptures, portes ou éléments décoratifs. Certaines créations restent classiques. D’autres jouent avec les formes, les proportions et l’alliance des matériaux.

Les structures de tables destinées à recevoir des plateaux en zellige en sont un bon exemple. Rondes, carrées ou rectangulaires, elles associent la robustesse du métal aux couleurs et aux motifs de la mosaïque en terre cuite. Un mariage très actuel, qui trouve naturellement sa place dans les intérieurs comme sur les terrasses.

Le fer forgé quitte ainsi peu à peu le seul registre architectural pour entrer dans celui de la décoration et du design. Les techniques restent les mêmes, mais les usages changent. À Essaouira, les Hadada ont donc conservé l’essentiel : le feu, le métal et le geste. Pour le reste, ils continuent d’inventer.

Article mis à jour par Lisbeth, le 31 août 2026

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