Le pèlerinage des Regraga à Essaouira

Dans les pas des Sept Saints de la région Chiadma

Chaque printemps, un cortège singulier traverse les terres Chiadma, entre montagnes et océan. Pendant quarante jours, le pèlerinage des Regraga à Essaouira réactive un rituel millénaire, à la frontière entre histoire, croyance et territoire. Un voyage circulaire, encore vivant aujourd’hui.

Qui sont les Regraga ?

Avant les conquêtes arabes, avant Oqba Ibn Nafi et ses armées, il y eut sept hommes. Sept chefs de tribus amazighes des Chiadma, établis autour du Jbel Lahdid. Sept saints qui pressentaient déjà la venue d’un nouveau prophète.

Attention à ne pas les confondre avec les « Sept Saints de Marrakech ». Les Sebaatou Rijal des Regraga sont bien plus anciens et leur histoire appartient aux racines mêmes de l’Islam amazigh au Maroc.

Selon la tradition, ils quittèrent leurs terres pour rejoindre l’Arabie du vivant du Prophète Mohammed ﷺ. Ils devinrent ainsi parmi les premiers non-Arabes à embrasser l’Islam.

Le Prophète les aurait alors chargés de retourner au Maghreb pour propager leur foi, en précurseurs, non en conquérants. Ils auraient ainsi obtenu letitre de Sahaba (compagnons du Prophète), qui confère à leur descendance une légitimité religieuse à travers les siècles.

Leur nom porte lui-même la trace de cette rencontre fondatrice. Lalla Fatima-Zahra, fille du Prophète, n’ayant pas compris leur langue, aurait comparé leur dialecte au murmure de l’eau sur les galets : rejraja. Le Prophète aurait souri : « Vous venez de recevoir votre nom. » Ils devinrent les Regraga, indissociables de leur langue, de leur territoire et de leur mission.

Le Daour : 44 marabouts en 40 jours

Le pèlerinage des Regraga à Essaouira est appelé le « Daour », le voyage circulaire. Il se déroule chaque année au printemps durant 40 jours environ. Les chorfas (descendants des Saints) partent à pied de la Zaouia de Sidi Ali Ben Bouali, non loin d’Akermoud, et traversent la région en deux grandes boucles autour du Djebel Lhadid, la « Montagne de Fer ».

En tête du cortège avance Laâroussa, « la fiancée ». C’est le fils du grand Moqaddem, vêtu d’une djellaba et d’un burnous blancs, monté sur une jument blanche, qui tient ce rôle. Son titre n’est pas anodin. Dans les croyances populaires, il est associé à la pluie fécondante du printemps et incarne la promesse d’un printemps généreux.

Derrière lui, une Khaïma rouge. Une grande tente couleur grenat transportée à dos de dromadaire matérialise la présence des Saints à chaque étape. C’est là que les moqaddems reçoivent les visiteurs, accordent la baraka et maintiennent le lien vivant entre les familles pèlerines et leurs saints fondateurs. La tente n’est donc pas qu’un décor, elle est le cœur administratif et spirituel du Daour en mouvement.

Quant au grand Moqaddem, nommé par dahir et portant le titre de naquib des Regraga, il ne suit pas l’intégralité du parcours. Il le supervise, joue le rôle d’interlocuteur auprès des autorités et incarne l’autorité suprême de la confrérie. Une distinction subtile, mais essentielle pour comprendre l’organisation interne de ce pèlerinage millénaire.

Une géographie sacrée autour d’Essaouira

À Essaouira, Les Sept Saints ne sont pas des figures abstraites. Chacun repose dans un sanctuaire précis et leurs tombeaux dessinent ensemble un territoire spirituel qui ceinture le pays Chiadma. Avant de s’élancer sur les routes du Daour, tout pèlerin commence ainsi par saluer ces ancêtres. Une façon de marcher dans leurs pas avant même le premier kilomètre.

Leurs marabouts se répartissent autour du Jbel Lahdid. Au sommet repose Sidi Ouasmine, le « Sultan des Regraga », qui veille sur la région depuis son mausolée. Plus bas, dans la plaine, la Zaouia d’Akermoud concentre une autorité sans égale. Trois des sept fondateurs y reposent côte à côte : Sidi Boubker, Sidi Salah et Sidi Abdallah, faisant de ce lieu la capitale spirituelle de la confrérie. C’est d’ailleurs d’Akermoud que part traditionnellement le Daour. Plus loin, Sidi Aïssa repose sur la rive sud de l’Oued Tensift. Sidi Saïd à Tamazat et Sidi Yaâla, quant à eux, sont au Ribat Chakir, ancien centre d’enseignement mystique.

Reliés par le tracé du pèlerinage, ces sanctuaires forment bien plus qu’un itinéraire religieux. C’est une véritable carte vivante où chaque halte réactive un lien entre la confrérie, la terre et le divin. Le Jbel Lahdid en est l’axe, le Daour en est le fil et Essaouira, via sa Mzara au nord de la ville, le point de jonction entre le monde rural et le monde citadin.

Le cycle se referme enfin à Had Draa, au sanctuaire de Sidi Messaoud Boutritiche, 44e et dernière étape, après 40 jours et 460 km parcourus ensemble. Pour l’édition 2026, le coup d’envoi a été donné le vendredi 3 avril. Pour la clôture, le Moussem de Had Draa est prévu du 8 au 10 mai 2026.

Article mis en ligne par Najma, le 5 mai 2026

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