Hiloula du Rabbi Nessim Ben Nessim

Une tradition toujours vivante dans l’arrière-pays d’Essaouira

Nous ne sommes pas dans les ruelles de la médina, mais dans la commune rurale d’Aït Bayoud en pays Haha, à environ 80 kilomètres à l’est d’Essaouira. Chaque année, ce village accueille la Hiloula du Rabbi Nessim Ben Nessim, une célébration religieuse organisée en mémoire du saint homme. Un des rendez-vous majeurs du patrimoine judéo-marocain de la région d’Essaouira.

Rabbi Nessim Ben Nessim, un saint aux origines mystérieuses

On ne sait presque rien de ses origines, et c’est justement ce mystère qui nourrit sa légende. Son nom, Nessim fils de Nessim, en dit pourtant long : cette tradition, répandue au Yémen, veut que le fils hérite du prénom paternel. Les historiens s’accordent néanmoins sur un point : ce rabbin serait arrivé au Maroc au XIXᵉ siècle en tant qu’émissaire chargé de collecter des fonds pour sa Yéchiva, une école religieuse.

Il s’installe à Essaouira en 1844, juste avant le début de la guerre franco-marocaine. En août, le bombardement de Mogador par la marine française détruit de nombreuses maisons du Mellah. Les familles juives quittent la ville. Face au chaos, le Haj Abdallah Ould Bihi, caïd de la région, organise alors leur exode vers les villages alentour. C’est ainsi que le Rabbi Nessim Ben Nessim choisit de s’installer à Aït Bayoud, séduit par son climat, ses collines et son cours d’eau.

La paix revenue, il refuse de retourner en ville malgré les nombreuses sollicitations de ses fidèles et des notables de Mogador. Il préfère rester pour continuer à veiller sur la vie spirituelle des villageois juifs d’Aït Bayoud. À sa mort, sa tombe devient un lieu de pèlerinage. Et plus de 150 ans après, elle continue de rassembler.

Un moussem entre ferveur et retrouvailles dans la région d’Essaouira

Chaque année, autour de la fête de Lag BaOmer, la Hiloula du Rabbi Nessim Ben Nessim rassemble de nombreux pèlerins. En 2026, les célébrations se sont déroulées du 1 au 5 mai. Comme pour chaque édition, elles ont attiré des familles venues du Maroc, mais aussi de France, du Canada, des États-Unis ou encore d’Israël.

Pendant plusieurs jours, le sanctuaire alterne temps de veillées et moments de partage. Les fidèles se recueillent près du tombeau du rabbin, allument des bougies, récitent des prières et entonnent des chants liturgiques. Les repas collectifs, appelés Séoudot, occupent aussi une place importante dans la célébration. Ils permettent aux différentes générations de se retrouver autour d’une tradition transmise depuis des siècles.

Le site, quant à lui, s’est modernisé au fil des décennies. Des hébergements et des espaces de réception ont été aménagés afin d’accompagner le développement du pèlerinage tout en préservant son caractère religieux.

Une tradition qui célèbre aussi le dialogue entre les cultures

Au-delà de sa dimension spirituelle, la Hiloula du Rabbi Nessim Ben Nessim illustre une autre facette du patrimoine d’Essaouira. Celle du dialogue entre les cultures. Comme d’autres sanctuaires juifs au Maroc, celui d’Aït Bayoud bénéficie du respect des populations musulmanes de la région.

Cette tradition s’exprime notamment lors de la cérémonie officielle organisée en clôture du Moussem. Des représentants de la communauté juive y retrouvent les autorités locales, des oulémas, ainsi qu’André Azoulay, conseiller de Sa Majesté le Roi et figure emblématique d’Essaouira. Ensemble, ils rappellent l’attachement commun à un héritage partagé et à la préservation de la mémoire judéo-marocaine.

Chaque année, cette rencontre témoigne ainsi du rôle particulier joué par Essaouira et son arrière-pays dans la valorisation d’un patrimoine où histoire, spiritualité et dialogue interculturel continuent de se rejoindre.

Site web : www.rabbinessim.org

Article mis en ligne par Najma, le 3 juillet 2026

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